Le sujet revient sur Insta, dans les discussions de communauté. Mais il reste rarement dit à voix haute.

Les demandes d’ordre sexuel font partie des réalités du métier de masseur·euse. Appels ambigus, messages déplacés, demandes explicites en cours de séance : beaucoup de praticien·nes vivent ces situations. Peu ont reçu les outils pour les gérer.

Lors d’une table ronde du Sommet des Masseur·euse·s avec la Fédération Française de Massage Bien-Être (FFMBE), Eloïse Mercier (membre du conseil d’administration) et François Cordier (responsable communication de plusieurs fédérations) ont abordé ce sujet sans détour : ses causes structurelles, le cadre légal, la posture à adopter et les outils concrets. Ce que tu vas lire vient de leur expérience et des témoignages recueillis dans la profession.

Non, ce n’est pas de ta faute

C’est le premier point que la table ronde pose avec clarté, et probablement le plus utile : recevoir une demande déplacée ne remet pas en cause ta posture, ta légitimité, ni ta pratique.

Eloïse raconte avec honnêteté sa propre naïveté à ses débuts, le choc des premières sollicitations, le ras-le-bol exprimé par de nombreuses praticiennes. Ce n’est pas une histoire isolée.

L’intention vient du client. Elle existe avant même le premier contact, avant que tu n’aies eu le temps de faire quoi que ce soit. Elle n’est pas créée par ta communication ou ton attitude.

Se déculpabiliser est la première étape de protection professionnelle. Sans ça, tout le reste reste difficile à mettre en place : le cadre, la fermeté, la capacité à agir. La culpabilité paralyse là où la clarté permet d’agir.

Pourquoi ces demandes existent

Comprendre les causes structurelles ne les justifie pas. Mais ça aide à ne plus les vivre comme une fatalité personnelle.

Plusieurs facteurs sont mis en lumière dans cette table ronde :

  • L’héritage des salons de prostitution déguisés en établissements de “massage”, qui ont créé une association durable dans l’esprit de certains
  • L’usage détourné du mot “massage” sur internet, avec des catégories ambiguës proposées par certaines plateformes
  • Le manque de reconnaissance officielle du métier : sans cadre réglementé, la confusion sur ce qu’est un masseur·euse bien-être reste entretenue
  • La difficulté à distinguer ce que la loi autorise de ce qui est illégal, faute d’information accessible

Tant que le cadre collectif n’est pas clair pour le grand public, les praticien·nes en subissent les conséquences au quotidien. C’est un problème structurel, pas une défaillance individuelle.

Poser son cadre, intérieur avant extérieur

L’un des apports centraux de cette table ronde est une distinction simple mais structurante.

Le cadre intérieur, c’est ce que tu sais sur toi : pourquoi tu fais ce métier, quelles sont tes limites, quelle est ta relation à ton activité. Un praticien ou une praticienne qui n’est pas clair·e avec ses propres valeurs aura du mal à poser des limites vers l’extérieur, surtout dans des situations où il faut répondre vite et calmement.

Le cadre extérieur, c’est tout ce que le client perçoit avant et pendant la séance : ta communication, le vocabulaire que tu utilises, ton process de prise de rendez-vous, ce qui est écrit ou visible sur ton site. La table ronde insiste sur un point que beaucoup sous-estiment : des détails apparemment anodins peuvent créer ou supprimer de l’ambiguïté.

Les photos sur ton site, par exemple. Le nom de ta marque. La description de tes soins. La façon dont tu gères le premier appel ou le premier message. Ces éléments filtrent avant même que la personne franchisse la porte.

Sans cadre intérieur solide, le cadre extérieur reste fragile. L’ordre compte.

Comment réagir concrètement face à une demande

La table ronde partage des stratégies pratiques, classées selon le moment où la situation se présente.

Avant la séance, pour filtrer dès le départ :

  • Clarifier l’intention du client lors du premier échange
  • Poser des questions inversées (“Pourquoi souhaitez-vous consulter ?”)
  • Rappeler calmement le cadre professionnel dès le premier contact
  • Refuser ou reporter un rendez-vous sans justification excessive si quelque chose ne va pas

Pendant la séance, si une demande survient :

  • Se recentrer physiquement, ralentir
  • Reposer verbalement et calmement le cadre de la séance
  • Interrompre si nécessaire, sans agressivité mais avec fermeté
  • Sortir de la pièce si la situation l’exige

Un message clair de la table ronde : non, ce n’est pas “exagéré” d’agir. C’est professionnel. L’hésitation vient souvent de la peur de mal réagir ou de perdre un client. Réagir clairement, c’est protéger ta pratique et envoyer un signal utile.

Le cadre légal et la FFMBE à ta disposition

Un point que beaucoup de praticien·nes ignorent : les prestations sexuelles sont illégales dans le cadre du massage. Ce n’est pas juste une question de déontologie professionnelle, c’est du droit.

Et ça va plus loin :

  • Certaines sollicitations peuvent relever du harcèlement sexuel, passible de sanctions pénales
  • Rappeler la loi calmement peut être un levier dissuasif
  • Le code de déontologie FFMBE est clair et protecteur pour ses membres

Connaître le droit, c’est se sentir plus légitime pour dire non. La FFMBE joue ici un rôle concret : structuration du métier, actions politiques pour la reconnaissance de la profession, partenariats (notamment avec Zéro Macho pour lutter contre le sexisme et le harcèlement), et ressources accessibles aux praticien·nes (articles, fiches, visuels).

La protection individuelle passe aussi par une organisation collective. Ce n’est pas un combat à mener seul·e.

Questions fréquentes sur les demandes sexuelles en massage

Que faire si un client fait une demande sexuelle pendant une séance de massage ?

Arrêter la séance, reposer verbalement le cadre professionnel, et si la demande persiste, mettre fin à la séance. Tu n’as aucune obligation de rester dans la pièce si tu te sens en insécurité. Ensuite, note l’incident, bloque le contact si nécessaire, et si la situation relève du harcèlement, rapproche-toi de la FFMBE ou des autorités compétentes.

Les demandes sexuelles sont-elles fréquentes en massage bien-être ?

C’est une réalité que peu de praticien·nes évoquent publiquement, ce qui crée l’impression que c’est rare. Dans les faits, les retours recueillis par la FFMBE montrent que de nombreuses praticiennes y sont confrontées, surtout en début d’activité, avant d’avoir rodé leur cadre. La fréquence diminue significativement avec un positionnement extérieur clair (communication, site, process de prise de rendez-vous).

Est-ce illégal de demander un massage sexuel à un·e praticien·ne ?

Oui. Les prestations sexuelles sont illégales dans le cadre du massage bien-être. Selon la nature de la demande et le contexte, certains comportements peuvent relever du harcèlement sexuel, passible de sanctions pénales. Connaître ce cadre légal est une ressource, pas juste une information.

Comment éviter les demandes inappropriées avant la première séance ?

En travaillant le cadre extérieur : vocabulaire sans ambiguïté sur ton site, absence de photos ou de formulations susceptibles d’être mal interprétées, process de prise de rendez-vous clair. Les premières questions posées par un futur client lors d’un premier échange sont souvent révélatrices. Se fier à son instinct n’est pas une réaction excessive, c’est une compétence professionnelle.


Briser ce silence, nommer ces situations et savoir comment agir : c’est exactement le type de sujet traité au Sommet des Masseur·euse·s, avec des professionnel·les qui connaissent le terrain. La table ronde complète avec Eloïse Mercier et François Cordier (FFMBE) est disponible dans le Club : cadre légal détaillé, témoignages terrain, outils pratiques et fiche FFMBE téléchargeable.

Si tu veux aller plus loin, c’est par là.